Peut-on rire en parlant de violences sexuelles ?

Cette vidéo pose une question qui peut sembler provocatrice mais qui est centrale en prévention : peut-on rire lorsqu’on parle de violences sexuelles, sans banaliser ni blesser ? À travers son expérience de terrain et des apports scientifiques, elle propose une réflexion nuancée sur l’usage de l’humour dans les actions de sensibilisation et de formation.

Le point de départ est une expérience personnelle : la création d’une chanson sur le consentement, volontairement kitsch et inspirée des codes des années 1980, conçue pour attirer l’attention des jeunes et susciter la curiosité. Si cette approche a permis de toucher un large public, elle a aussi provoqué des réactions critiques, certaines personnes se disant choquées ou mal à l’aise face à l’idée d’utiliser l’humour sur un sujet aussi grave que le consentement et les violences sexuelles.

La vidéo affirme pourtant une position claire : l’humour peut être un outil puissant de prévention, à condition d’être utilisé avec justesse, intention et cadre. Parler de consentement, c’est aussi parler de désir, de partage et de plaisir ; adopter un ton exclusivement grave ou dramatique n’est donc ni nécessaire ni toujours efficace, en particulier auprès des adolescents.

Cette réflexion s’appuie sur une logique pédagogique. Dans les formations destinées aux professionnels — portant sur le viol, les agressions sexuelles ou la pédocriminalité — instaurer un climat trop lourd ou trop chargé émotionnellement peut entraver l’attention et l’apprentissage. À l’inverse, une posture positive, engageante et parfois légère favorise la disponibilité cognitive, la mémorisation et l’appropriation des connaissances. L’objectif d’une formation n’est pas de faire souffrir, mais de permettre aux participants de repartir avec des compétences nouvelles et opérationnelles.

La vidéo rappelle que cette approche est documentée dans la littérature scientifique sous le terme d’humour pédagogique. Utilisé avec discernement, l’humour peut faciliter les apprentissages, renforcer l’attention et créer un climat propice à l’échange. Toutefois, tous les types d’humour ne se valent pas. L’humour absurde ou le second degré peuvent être pertinents, tandis que l’humour noir, le sarcasme ou l’ironie mordante peuvent devenir contre-productifs, notamment lorsqu’ils risquent de heurter des personnes concernées à titre personnel.

Un autre usage de l’humour est évoqué : celui des professionnels confrontés quotidiennement à des situations de grande violence. Dans ces contextes, l’humour noir peut parfois jouer un rôle de mécanisme de défense, permettant de mettre à distance des images ou des affects trop lourds, afin de maintenir une posture professionnelle. Le rire peut aussi être utilisé par des personnes en situation de fragilité extrême comme un moyen de survivre psychiquement à un événement traumatique.

Mais la vidéo insiste fortement sur un point de vigilance majeur : l’humour peut aussi devenir une arme. L’exemple de la radio des Mille Collines au Rwanda illustre tragiquement comment un ton convivial, ironique et humoristique peut servir à banaliser la haine, à déshumaniser un groupe et à inciter au passage à l’acte violent. L’humour, lorsqu’il nourrit la stigmatisation ou la colère, ne prévient plus la violence : il la renforce.

Ainsi, une règle simple est posée : lorsque l’humour contribue à propager la violence, il cesse d’être un outil de prévention. En revanche, lorsqu’il permet de capter l’attention, de décaler le regard et d’engager sans attiser la haine, il peut être extrêmement efficace, notamment en promotion de la santé.

La vidéo illustre cette idée par des campagnes de prévention réussies, y compris sur des sujets graves comme le cancer, où l’humour est utilisé avec subtilité pour favoriser le dépistage et le partage des messages. Le rire, dans ces cas-là, devient un vecteur d’adhésion et de diffusion, sans minimiser la gravité de l’enjeu.

En conclusion, rire en parlant de violences sexuelles n’est ni interdit ni systématiquement inapproprié. Tout dépend de l’intention, du contexte, du public et du type d’humour employé. Utilisé avec rigueur et éthique, l’humour peut devenir un allié précieux de la prévention.

Mots-clés :